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La règle de la main ou quand on sait qu’on ne sait rien

Même si la célèbre maxime de Socrate «Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien» n’avait à l’origine rien à voir avec le football, elle s’applique pourtant à merveille à une règle de la main qui n’en finit plus d’alimenter la polémique.

Plus personne ne sait ce qu’est une faute de main. Ce constat fait pratiquement l’unanimité. Des actions à première vue limpides – avec un défenseur tenant sa main quelque part entre le corps et la ligne de touche – ne sont soudainement plus sifflées. Et puis il y a des scènes où l’on se dit que le joueur incriminé aurait dû se coller les bras dans le dos s’il avait voulu éviter l’intervention de l’arbitre.

En tout cas, pour paraphraser notre philosophe grec, je sais que je ne sais plus du tout ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas. Heureusement (ou plutôt malheureusement?), je ne suis pas le seul dans ce cas. De fait, même les experts ne sont plus d’accord entre eux depuis longtemps et ont tendance à évaluer une situation spécifique de manière complètement différente. Tu l’auras compris, cette handball rule provoque désormais plus de confusion qu’un film de Christopher Nolan.

Un règlement obscur

Lors du classique entre le FC Zurich et le FC Bâle samedi dernier, on a franchi un nouveau palier dans l’absurde... Quelques secondes avant la fin du temps additionnel, le Bâlois Jonas Harder tente d’expédier le ballon en touche... et ce dernier percute le bras de Flavius Daniliuc, la tour de contrôle des Rhénans. Ni une ni deux, l’arbitre Kanagasingam désigne le point de penalty.

Puis la VAR intervient; l’homme en noir revisionne la scène et annule sa décision initiale. Comme il va l’expliquer à l’interview, il a d’abord pensé qu’un joueur zurichois était à l’origine du dégagement. Or, en l’espèce, ce sont bien deux Bâlois qui étaient en cause, donc la faute n’était officiellement pas punissable. À l’instar de nombreux observateurs et de ses protégés, Marcel Koller, l’entraîneur du FC Zurich, ne cache pas sa frustration ni son ignorance de ce détail réglementaire au terme de la rencontre...

Cacophonie

Il va de soi qu’en football, en termes de mains et de fautes, il y aura toujours une marge d’interprétation. Le contexte n’est jamais identique: tout dépend de la trajectoire du ballon, des déplacements du·de la joueur·euse, sans compter les distances qui peuvent varier. On ne pourra donc jamais classer avec certitude une scène dans la colonne «noir» ou «blanc». J’ai toutefois l’impression que la frontière entre «juste» et «faux» devient de plus en plus floue. Même celles et ceux qui connaissent les règles vont interpréter à leur sauce tel ou tel événement. Car oui, expert·e·s, fans, commentateur·rice·s n’ont pas forcément les références nécessaires pour décrypter une action litigieuse. 

Et pour ne rien arranger, compétitions et fédérations telles que l’UEFA, la FIFA et les ligues nationales utilisent des grilles de lecture différentes. Un foul ou une décision problématique en Champions League ne peut donc pas être directement comparée à celles d’une Coupe du monde, comme nous l’avons vu lors du récent tournoi nord-américain.

Même si cela fait sens, il serait préférable qu’une ligne claire et uniforme soit pratiquée.

Une règle claire... que personne ne connaît

Que je sois assis dans mon canapé et que je m’indigne d’une décision en tant que fan, c’est normal, cela fait partie du jeu. Mais comment est-il possible que les premiers concernés ne sachent apparemment rien d’une disposition qui les touche directement? Dans l’épisode entre le FCZ et le FCB, il y avait a priori une règle claire... que ni l’entraîneur ni les joueurs ne connaissaient. Qu’elle soit bonne ou non n’est pas la question, mais si elle existe, les pros devraient au moins être au courant.

La ligue devrait-elle faire davantage pour communiquer ces règles et leur interprétation? Les clubs ont-ils négligé d’informer leurs effectifs?

Les décisions arbitrales donneront toujours lieu à des discussions, c’est une certitude. Mais il faut mettre un terme à la situation actuelle. Premièrement, si nous disposons déjà de la VAR, toutes les parties prenantes devraient recevoir des explications sur ce qui est appliqué concrètement. Deuxièmement, il faut une ligne directrice plus claire et plus compréhensible – allant idéalement au-delà des frontières nationales et des fédérations.

Au moins, Socrate savait qu’il ne savait rien. En football, tout le monde sait tout, mais personne n’est d’accord.

Marius Bachmann

Marketing Manager Editorial Content

Le premier mot que j’ai prononcé était «ballon». Aujourd’hui encore, presque tout dans ma vie tourne autour du football. D’ailleurs, quand je ne me trouve pas moi-même sur le terrain, j’évoque les dernières infos concernant les championnats suisses et étrangers et je partage mes réflexions sur la Brack Super League. Mais ma passion pour l’écriture va au-delà de ça... Qu’il s’agisse de sport, de société ou de culture, j’écris, parce que selon moi, la langue est plus qu’un simple moyen d’arriver à ses fins. Elle est aussi un outil, un loisir et un refuge.

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