
Les plus grandes rivalités du football et leurs origines
Les plus grandes rivalités du football sont rarement de nature purement sportive. Elles reflètent souvent des identités régionales, des clivages sociaux ou des tensions politiques. Tour d’horizon.
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El Clásico – FC Barcelona vs Real Madrid
Quand les «Merengues» affrontent les Catalans, c’est tout l’univers du football qui retient son souffle. Rares sont les rencontres entre clubs qui suscitent une telle ferveur mondiale que le Clásico. Sur le plan sportif, cette affiche a connu son apogée médiatique à l’ère de Lionel Messi et Cristiano Ronaldo. Mais ses racines sont bien plus anciennes.
La rivalité entre le «Barça» et le «Real» s’inscrit dans des dynamiques historiques, politiques et culturelles profondes. Elle incarne l’opposition entre la capitale espagnole et l’élan d’autonomie catalan, entre pouvoir et contestation, représentation nationale et affirmation régionale.
Sous la dictature franquiste de 1939 à 1975, le FC Barcelone s’est imposé comme un symbole de résistance. Le club se présentait alors comme un refuge à la fois culturel et politique. Sa célèbre devise, «més que un club», prenait tout son sens: le Camp Nou était un espace où l’on cultivait la langue et l’identité catalanes, à une époque où leur expression publique était réprimée. Durant cette période, le Real Madrid fut fréquemment perçu comme l’incarnation du pouvoir centralisateur et franquiste, une image toutefois plus complexe que ne le laissent entendre certains récits ultérieurs. Comme souvent, les récits de supporters ont tendance à simplifier à l’excès, esquissant une vision manichéenne qui ne rend pas pleinement justice à la réalité historique.
Pour beaucoup, la demi-finale de la Copa del Generalísimo de 1943 (article en allemand) marque un tournant, sinon l’origine, d’une rivalité devenue emblématique: battu 3-0 à l’aller, le Real Madrid inflige un cinglant 11-1 au FC Barcelone lors du match retour, dans un contexte politique tendu et autoritaire. Une victoire controversée, entachée d’intimidations dont l’ampleur continue d’alimenter les débats parmi les historiens.
Sur le terrain, le Clásico oppose aussi deux conceptions du football. L’identité du FC Barcelone repose sur une idée de jeu claire (le tiki-taka) et sur une politique de formation rigoureuse (La Masia). Ce modèle permet l’émergence régulière de jeunes talents promus en équipe première, notamment pour des raisons économiques. Le Real Madrid, quant à lui, se distingue par son palmarès hors norme (recordman de la Champions League et de La Liga), par une mentalité de vainqueur assumée et par la présence de stars mondiales: les meilleurs joueurs du monde jouent en blanc, selon une politique dite des «Galácticos». Le club madrilène dispose lui aussi d’une académie performante, et Barcelone recrute également des joueurs d’envergure, mais les priorités diffèrent. Ces deux approches ont mené à un succès exceptionnel et font du Clásico un affrontement d’idéologies.
À l’international, ce match est avant tout perçu comme un spectacle: des stars, un football de qualité, un jeu spectaculaire. En Espagne, il revêt une portée bien plus large, mêlant enjeux sportifs, sociaux et politiques.
Superclásico – Boca Juniors vs River Plate
Peu de rivalités dans le football mondial suscitent autant de passion que celle entre Boca Juniors et River Plate. Son origine remonte au quartier de La Boca, berceau des deux clubs au début du XXe siècle, marqué par l’héritage des dockers et des immigrants italiens. Lorsque River Plate s’installa dans le quartier plus aisé de Núñez (article en anglais) dans les années 1930, la rivalité prit une dimension sociale: River s’attire le surnom de «Millonarios», tandis que Boca, restée fidèle à ses racines portuaires, se voit affublée du nom de «Bosteros», en référence à la «bosta» (bouse) omniprésente dans le quartier. Un sobriquet moqueur, que les supporters portent aujourd’hui avec fierté, et qui est devenu un pilier de leur identité. Si les deux clubs continuent d’incarner des traditions différentes, la fracture sociale qui les opposait s’est, elle, largement estompée.
Le football occupe en Argentine une place unique, presque sacrée, bien avant même l’euphorie collective qui a suivi le sacre mondial de 2022 à Buenos Aires. À chaque édition du Superclásico, la capitale s’embrase. Des heures avant le coup d’envoi, chants, percussions, vagues de drapeaux et fumigènes envahissent les abords de la Bombonera (Boca Juniors) ou du Monumental (River Plate), transformant ces enceintes mythiques en véritables chaudrons. Hors des stades, les cafés, les bars et des quartiers entiers vibrent à l’unisson, pris dans la ferveur du match.
Parce que le derby était régulièrement entaché de violences, parfois mortelles, les autorités ont décidé, en 2018, d’interdire l’accès au stade aux supporters de l’équipe visiteuse. La finale de la Copa Libertadores 2018 a marqué un sommet dramatique dans cette rivalité. Pour la première fois, Boca Juniors et River Plate s’affrontaient en finale de la plus prestigieuse compétition sud-américaine de clubs. Après un match nul 2-2 à domicile pour Boca, la tension est montée d’un cran avant le match retour au stade Monumental: le bus des joueurs de Boca a été attaqué par des supporters de River, blessant plusieurs membres de l’équipe. Initialement reporté, le match a finalement été déplacé à Madrid pour des raisons de sécurité – une décision sans précédent. Au stade Santiago Bernabéu, River Plate s’est imposé 3-1 après prolongation. Cette finale est entrée dans l’histoire, non seulement comme un moment fort du football sud-américain, mais aussi comme un symbole: celui de l’intensité extrême de cette rivalité et des limites de la sécurité dans le football argentin.
Derby intercontinental – Galatasaray vs Fenerbahçe
À Istanbul, ce ne sont pas seulement deux géants du football turc qui s’affrontent, mais deux continents. Cette métropole de plusieurs millions d’habitants s’étire de part et d’autre du Bosphore et unit l’Europe à l’ouest et l’Asie à l’est. Galatasaray est enraciné sur la rive européenne, Fenerbahçe sur la rive asiatique. Le derby dépasse donc les frontières de la ville: il incarne une confrontation symbolique entre deux continents.
Mais cette rivalité ne se limite pas à la géographie. Fondé en 1905 par des élèves du prestigieux lycée Galatasaray, le club du même nom a d’abord séduit une élite éduquée et les classes moyennes. Fenerbahçe, né en 1907 dans le quartier populaire de Kadıköy, a rapidement gagné le cœur des classes modestes. Ces origines sociales contrastées ont nourri des identités de supporters bien distinctes, même si, avec le temps, les clivages se sont estompés.
À Istanbul, Galatasaray et Fenerbahçe se livrent depuis toujours une lutte séculaire pour dominer le football turc. Championnats disputés, finales de coupe, épopées européennes: chaque affrontement entre les deux clubs ravive cette opposition passionnée. Chaque derby cristallise bien plus qu’un simple enjeu sportif: c’est une bataille de prestige, d’influence et d’émotion dans une ville où le football est vécu avec une intensité rare. Mais depuis une décennie, les forces en présence ont évolué. Depuis son 19e titre en 2014, Fenerbahçe n’a plus goûté aux joies du sacre national, tandis que Galatasaray a enrichi son palmarès de six titres supplémentaires, portant son total à 25.
Le derby d’Istanbul offre un spectacle saisissant: chorégraphies grandioses, pyrotechnie et clameur ininterrompue des tribunes. En 2011, le stade de Galatasaray a atteint les 131 décibels (article en allemand), un niveau sonore comparable à celui d’un avion au décollage. Au-delà de l’ambiance, cette rencontre représente un défi constant en matière de sécurité: dispositif policier renforcé, mesures strictes et restrictions parfois imposées aux supporters.
Ainsi, le derby intercontinental est bien plus qu’une curiosité géographique. Il incarne l’essence même d’Istanbul: tiraillée entre deux continents, entre héritage et modernité, mais profondément unie par une passion qui s’exprime avec ferveur sur les pelouses.
Le «Derby éternel» – Étoile rouge vs Partizan
Moins de quinze minutes de marche séparent les stades de l’Étoile rouge et du Partizan. S’ils sont proches géographiquement, les deux clubs restent aux antipodes sur les plans social et émotionnel. Le «Večiti Derbi» est bien plus qu’un match: c’est l’affrontement le plus symbolique du football serbe, et l’un des plus enflammés au monde.
Les deux clubs ont été fondés après la Seconde Guerre mondiale. Nommé en référence aux partisans yougoslaves, le Partizan a été créé sous l’impulsion d’officiers de l’armée populaire et a intégré la discipline et la structure militaires à son identité. L’Étoile rouge, quant à elle, est issue du mouvement de jeunesse antifasciste et souvent associée à la jeunesse communiste. La ligne de fracture souvent évoquée entre un «club ouvrier» et un «club d’élite» n’est historiquement pas si nette. Si des différences institutionnelles ont bien existé dans l’immédiat après-guerre, les appartenances sociales se sont redéfinies à plusieurs reprises au fil des décennies. Aujourd’hui, ces distinctions tiennent sans doute davantage du récit identitaire que chaque camp de supporters façonne, que d’un réel clivage de classe.
Sur le plan sportif, le Partizan s’est rapidement imposé comme le club emblématique de l’ex-Yougoslavie, tandis que l’Étoile rouge s’est illustrée sur la scène internationale, portée par ses succès européens, avec, pour point culminant, sa victoire en Coupe d’Europe en 1991. Ces dernières années, elle règne sans partage sur le championnat national: depuis la saison 2017-2018, elle a remporté tous les titres.
Le derby se déroule dans une atmosphère hors du commun: plusieurs heures avant le coup d’envoi, les supporters envahissent le stade Rajko Mitić – surnommé Marakana – ou celui du Partizan. Le football serbe s’articule presque entièrement autour de ces deux géants: près de la moitié des supporters se rangent derrière l’Étoile rouge, tandis qu’environ 45% soutiennent le Partizan. Les chants assourdissants, les marées de drapeaux, les fumigènes des «Grobari» («Fossoyeurs», supporters du Partizan) et les chorégraphies spectaculaires, minutieusement orchestrées par les «Delije» («Héros», fidèles de l’Étoile rouge), transforment le stade en un véritable tourbillon de sons, de couleurs et d’émotions.
Les jours de derby, Belgrade – la «ville blanche» – devient le théâtre d’une rivalité où l’euphorie, la ferveur et la loyauté atteignent leur paroxysme, et parfois même le dépassent: les groupes de supporters, parfois infiltrés par des réseaux mafieux, sont souvent à l’origine de violences en marge des rencontres.
Old Firm – Celtic vs Rangers
Le derby de l’Old Firm, qui oppose le Celtic Glasgow aux Glasgow Rangers, compte parmi les rivalités les plus anciennes et les plus ferventes du football mondial. Fort de 449 affrontements, aucun autre derby européen ne s’est disputé aussi fréquemment. L’expression «Old Firm», en usage depuis plus d’un siècle, tirerait son origine de la dimension économique de ces rencontres: dès les débuts, ces duels attiraient des foules massives et généraient des recettes considérables. Ce qui n’était à l’origine qu’une rivalité sportive s’est rapidement transformé en miroir des clivages sociaux, religieux et politiques. Fondé en 1887 par des immigrés irlandais, le Celtic incarne historiquement la communauté catholique d’origine irlandaise de Glasgow. Les Rangers, créés dès 1872, ont longtemps été perçus comme le club des classes protestantes, unionistes et établis dans l’ordre social dominant. Ces identités ont profondément marqué les deux camps de supporters pendant des décennies, conférant à ce derby une portée qui dépasse largement le seul cadre sportif. Marquées par des tensions récurrentes, des débordements et des enjeux sécuritaires, ces confrontations figurent parmi les plus sensibles du football européen.
Sportivement, le Celtic et les Rangers dominent le football écossais depuis des générations. À eux seuls, ils se partagent la grande majorité des titres de champion. Leur face-à-face historique reste remarquablement serré: 172 victoires pour les Rangers, 171 pour le Celtic et 106 matchs nuls. Les rencontres disputées au Celtic Park ou à l’Ibrox Stadium figurent parmi les temps forts de la saison et sont portées par une intensité rare, une puissante charge émotionnelle et une atmosphère inégalée – sauf peut-être dans leurs propres affrontements.
Bien plus qu'un jeu
Aussi variées soient-elles, ces rivalités partagent un même socle: elles naissent sur le terrain, mais débordent rapidement le cadre du jeu. Avec le temps, elles se chargent d’histoire, d’identité, de politique ou de fractures sociales – des dimensions souvent simplifiées, amplifiées, puis transmises par les récits des supporters. Si certaines lignes de fracture, jadis nettes, se sont aujourd’hui atténuées, leur charge symbolique, elle, demeure intacte.
Source image de couverture: DALL·E via ChatGPT (généré par IA)
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Le premier mot que j’ai prononcé était «ballon». Aujourd’hui encore, presque tout dans ma vie tourne autour du football. D’ailleurs, quand je ne me trouve pas moi-même sur le terrain, j’évoque les dernières infos concernant les championnats suisses et étrangers et je partage mes réflexions sur la Brack Super League. Mais ma passion pour l’écriture va au-delà de ça... Qu’il s’agisse de sport, de société ou de culture, j’écris, parce que selon moi, la langue est plus qu’un simple moyen d’arriver à ses fins. Elle est aussi un outil, un loisir et un refuge.
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