
Lost in emojis
Dans tes notifications apparaît le message «J’ai hâte de te revoir🙃». Tu fixes intensément ton écran. Les secondes s’écoulent. Puis les minutes. Enfin, tu te décides à répondre: «Tu me détestes?»
Tu es convaincu·e que ta réaction est tout à fait justifiée. Aucun doute là-dessus. Malgré tout, l’impitoyable réplique ne tarde pas à tomber, aussi tranchante que détachée: «Mais qu’est-ce qui te fait penser ça? Pourquoi devrais-je te détester?» Ça semble inoffensif, presque innocent, et pourtant c’est là... jaune sur blanc.
C’est quand même assez évident, te dis-tu. Après tout, cette personne a clairement laissé sous-entendre qu’elle préférerait courir un marathon à travers la forêt amazonienne plutôt que dîner avec toi demain. Ou défier sa peur du vide et sauter en parachute à 4000 m. Ou être propulsée sur la Lune et s’y installer… Bon d’accord, peut-être que tu as un peu surréagi.
Mais pour être tout à fait précis, le problème se situe ici:
Pardon... ici, pour être exacte:
Si tu penses que ce n’est qu’un smiley à l’envers, mais tout à fait sympathique, alors tu as peut-être mis en péril une amitié ou deux sans le savoir. Lors d’un sondage réalisé par Preply (en anglais) en 2024, 38% des personnes interrogées ont considéré cet emoji comme du sarcasme, 36% comme un sourire douloureux et 10% comme de l’agressivité passive. Oh, et il y a aussi les 16% qui n’ont vu aucune différence avec le smiley normal, le fameux 🙂 qui d’ailleurs peut également sous-entendre du sarcasme (mais assez de paranoïa pour aujourd’hui).
Soyons clairs, ces 16% n’ont pas forcément tort. Ces statistiques signifient simplement que la perception des émoticônes peut varier fortement d’un individu à l’autre, d’une génération à l’autre et d’une culture à l’autre.
Des signaux équivoques
S’il est impossible d’exclure tous les malentendus, il faut aussi reconnaître que certains emojis peuvent particulièrement porter à confusion, du moins selon les enquêtes menées par Preply en 2024 et 2023 (en anglais). Outre le «upside-down face» mentionné plus haut, citons
- le😪 «sleepy», qui évoque somnolence, tristesse, maladie ou dégoût;
- le🫠 «melting face», qu’on assimile à la saturation, à la chaleur, l’horreur ou le sarcasme;
- le🥲 «smiling face with tear» qui exprime des larmes de joie, un sourire douloureux ou, là encore, le sarcasme;
- le💀 «skull», qui veut dire mourir de rire, mourir de frustration, ou symbolise la mort;
- le💨 «dashing away», qui signifie s’enfuir en courant, lâcher un vent, expirer profondément ou fumer;
- le💸 «money with wings», symbole de la perte, du gain, ou du transfert d’argent, ou encore d’étalage de richesse;
- le🙏 «folded hands», incarnation de la prière, de la demande, du remerciement, du namasté ou du «high five»;
- le💅 «nail polish», représentation de la classe, d’une manucure, de la nonchalance ou du «self-care».
Sans oublier le «loudly crying face» 😭, que certain·e·s utilisent en guise de pleurs ou de rigolades, ainsi que le «grinning face with sweat»😅, employé comme émoticône du rire, de la nervosité, de l’embarras, de la maladresse ou du soulagement.
Démêler le vrai du faux est donc un jeu d’enfant? Pas sûr...
On pourrait croire que les émoticônes sont universels – et pourtant nous ne sommes pas souvent d’accord sur leur signification. Comme lorsqu’on aperçoit un visage dans la pénombre, un sourire peut passer pour un grincement de dents, ou la fatigue pour une profonde tristesse. Quand nous discutons en face à face, la tonalité, la gestuelle et les expressions atténuent le risque de mauvaise interprétation. Les textos, eux, sont ponctués de minuscules petites icônes qui peuvent être sarcastiques. Ou amicales. Ou symboliser un cri intérieur.
Le problème n’est pas tant que nous les utilisions – après tout, leur absence peut causer tout autant de malentendus (je sais ce que tu penses... on ne va jamais s’en sortir) – mais plutôt que nous croyons que tout le monde les comprend de la même manière que nous. C’est notamment le cas lors des discussions entre millennials et membres de la génération Z.
Mais il n’y a pas de raison de s’inquiéter: en cas de doute, tu peux toujours demander. Même si cela peut susciter de l’indignation. Ou une réplique cinglante du genre qui te fait sentir le poids des ans. 🥲
Source image de couverture: Unsplash | Emojisprout emojisprout.com
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Lorsque je ne suis pas occupée à laisser libre cours à ma créativité littéraire, il est fort probable que je sois totalement absorbée par une série Netflix («Un dernier épisode!») ou alors engagée dans des discussions animées sur des sujets très variés. J’aime encore me plonger dans un bon livre ou me lancer dans un nouveau hobby. Ma curiosité intellectuelle est infinie, et j’ai ici la chance de pouvoir la satisfaire pleinement et de la partager.
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