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Concilier la famille et le travail : là où le bât blesse

29.06.2022

En dépit de nombreuses évolutions positives en matière de conciliation du travail et de la famille, ce sont toujours majoritairement les femmes qui mettent leur carrière de côté lorsqu’il y a des enfants. Quelle en est la raison ? Comment promouvoir l’égalité lorsqu’il s’agit de concilier des obligations professionnelles et familiales ? Competec (la maison-mère de BRACK.CH) montre que l’employeur a lui aussi une importante carte à jouer dans ce contexte.

78 % : c’est la proportion des mères âgées de 25 à 54 ans, qui travaillent à temps partiel en Suisse, contre seulement 12 % pour les hommes (selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique ou OFS). Cette enquête de l’OFS révèle également une satisfaction sensiblement supérieure chez les deux parents lorsque les tâches domestiques et parentales sont partagées.

Personnes très satisfaites du partage des tâches domestiques et parentales, en fonction de qui s’en occupe principalement.

Chiffres : OFS, Les familles en Suisse. Rapport statistique 2021

Exemple de lecture : 40 % seulement des femmes se déclarent « très satisfaites » de la répartition du travail lorsqu’elles prennent en charge une majeure partie des tâches domestiques. Par contre, lorsque celles-ci sont partagées, les trois quarts des femmes et des hommes se disent très satisfaits. Pour ce qui est des activités parentales, la différence est moins marquée même si elle n’est pas pour autant négligeable.

Ces chiffres sont ceux dont nous disposons actuellement. Ils datent de 2018 et 2019 et n’intègrent pas la période de la pandémie. Depuis cette crise sanitaire, le télétravail est devenu une réalité pour de nombreux salarié·es. On aurait pu penser que le fait de passer plus de temps à la maison, et le temps gagné avec la disparition des trajets travail-domicile, auraient simplifié le partage des tâches.

Or cela semble être le contraire, selon une étude de la Commission fédérale pour les questions féminines (CFQF). Avec les fermetures répétées des écoles et des crèches, ce sont surtout les femmes qui se sont libérées en réduisant leur temps de travail, tandis que la plupart des hommes ont continué à travailler comme avant.

Comment concilier le métier et la famille ?

La réponse à cette question place deux facteurs au premier plan : l’accueil des enfants hors du foyer parental et le travail à temps partiel.

Selon l’OFS, les deux tiers des familles font appel à l’un au moins de ces modes de garde d’enfants, que sont les grands-parents, un voisin, la crèche ou la halte-garderie. Dans les structures d’accueil payantes comme les crèches, la disponibilité pose souvent problème. Le nombre d’enfants est largement supérieur à celui des places dans les crèches. De plus, le prix est parfois si élevé qu’il peut représenter la totalité d’un revenu ou presque, surtout en présence de plusieurs enfants. Dans les familles où les deux parents travaillent, le budget « crèche » représente plus de 20 % du revenu en moyenne. Sur un plan financier tout au moins, il peut être judicieux que l’un des parents prenne totalement en charge la garde des enfants pour éviter la crèche. De plus, les heures d’ouverture de ces structures ne sont généralement pas flexibles (pour des raisons aisément compréhensibles), ce qui oblige l’un des parents à quitter son travail de (trop) bonne heure pour aller chercher les enfants.

Source: Adobe Stock, New Africa

C’est une bénédiction lorsque les grands-parents peuvent prendre le relais, comme l’explique Sarah Barra. Cette mère de trois enfants occupe un poste de juriste d’entreprise à 50 % chez Competec. Avec ce temps de travail rarement proposé dans son secteur d’activité, et grâce au soutien de ses parents et beaux-parents, elle peut donner le meilleur d’elle-même pour son travail et sa famille. Ses « suppléants » vont chercher sa progéniture le matin et la lui ramènent le soir. « Mes parents n’ont pas d’horaires d’ouverture », précise Sarah avec un clin d’œil. Par conséquent, ce n’est pas un problème si elle doit rester plus longtemps que prévu au travail, ou s’il y a un imprévu.

La jeune mère apprécie énormément cette aide et précise d’emblée que ce n’est pas si simple pour tous les parents. Mais elle pense qu’il existe un potentiel d’amélioration en ce qui concerne les possibilités de travail à temps partiel, notamment chez les hommes. Vouloir réduire son temps de travail en tant que jeune parent est encore moins bien vu socialement pour la gent masculine. Pour son mari, une mise de côté de l’activité professionnelle ne serait actuellement pas envisageable. Toutefois, les hommes pourraient aussi se montrer plus exigeants vis-à-vis de leur employeur, admet Sarah.

Sarah Barra, juriste d'entreprise Competec AG

Et elle a raison. En effet, selon la Loi fédérale sur l’égalité entre femmes et hommes, les employeurs qui proposent le travail à temps partiel aux mères, devraient offrir aussi cette possibilité aux pères. Pourtant, l’important déséquilibre entre hommes et femmes, que nous avons évoqué plus haut, subsiste toujours pour ce qui est du travail à temps partiel.

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Conditions à satisfaire pour instaurer une équité en matière de conciliation de la famille et du travail

Le Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes estime qu’il reste encore beaucoup à faire, notamment dans les domaines suivants, pour favoriser une répartition plus équitable des obligations domestiques :

  • Des salaires égaux et des possibilités de travail à temps partiel
  • Une organisation flexible du travail
  • Plus de places dans les crèches et les haltes-garderies
  • Des plages horaires continues dans les écoles
  • Une reconnaissance du travail familial par les assurances sociales
  • Une réforme de l’imposition des familles, avec notamment d’autres déductions en leur faveur

Quelle est la situation chez Competec et comment les familles sont-elles soutenues ?

« Nous nous efforçons de permettre par principe le travail à temps partiel, car nous pensons que c’est une clé pour des responsabilités partagées, et que les chances des femmes peuvent s’en trouver augmentées », commente Andri Rüesch, responsable Human Resources chez Competec Sarah Barra confirme ces propos. Elle considère comme une « aubaine » son poste à 50 %, et apprécie la flexibilité de ses heures de travail. Cela lui permet d’être toujours disponible pour ses enfants lorsqu’il y a un besoin particulier.

Sa demande de passage temporaire à 40 % a même été acceptée. Elle peut compter ici sur l’appui de son supérieur, Martin Lorenz, CEO de Competec. Lui aussi accorde beaucoup d’importance à des emplois favorables aux familles : « il m'a assuré dès l'entretien d'embauche que des solutions seraient trouvées si la charge de travail devait dépasser mon taux d'occupation. – en attendant le recrutement d’un·e autre spécialiste », explique Sarah.

Il ne s’agit aucunement d’un traitement de faveur pour certain·es collègues. Chez Competec, les temps partiels représentent un cinquième des emplois. 64 % de ces temps partiels étaient occupés par des femmes en 2021. Un an plus tôt, ce taux était encore de 71 %.

Source : Competec AG

Mais c’est un long chemin. Pour les temps de travail les plus courts (50 % et moins), les femmes sont toujours sur-représentées (83 %). La répartition inégale du travail à temps partiel et, par suite, de la prise en charge des tâches parentales et domestiques, subsiste encore – et l’entreprise n’a pas le pouvoir d’y remédier à elle seule. Cette tendance est étroitement liée à des conceptions profondément ancrées dans notre société. En tant qu’employeur, on ne peut que proposer des options, que les salarié·es accepteront ou non. Et il est bien entendu que le travail à temps partiel n’est pas (encore) possible dans toutes les fonctions.

Andri, responsable RH, précise que lui et son équipe souhaitent notamment encourager le travail à temps partiel dans les postes de direction. Parallèlement au temps partiel classique, Competec propose aussi le job-sharing, y compris pour les fonctions d’encadrement. Deux employé·es se partagent les mêmes attributions et responsabilités, et agissent, pour ainsi dire, comme une seule personne.

Il n’y a pas besoin de réinventer la roue à chaque fois. Les possibilités sont suffisamment connues. Les employeurs ont par principe les moyens d’offrir davantage de flexibilité aux parents. Mais celle-ci doit être acceptée par la société au sens large. Si les pères ne se mobilisent pas suffisamment pour faire valoir leur droit au travail à temps partiel, et si les femmes sont toujours automatiquement en première ligne lorsqu’il s’agit des enfants, il sera difficile d’instaurer une véritable égalité. Á l’évidence, la société n’a pas encore atteint le degré d’avancement souhaité par beaucoup en matière de partage des tâches (parentales et domestiques). De telles évolutions demandent du temps et ne peuvent être imposées. Le débat social sur ce thème reste nécessaire et crucial.

Dominik Perrenoud

Rédacteur

Let the Beat Hit ’em ! En tant que DJ passionné par les mariages, je m’intéresse à tout ce qui fait écho à la musique. Dans ma vie privée aussi, j’écoute de la musique pratiquement en permanence, si bien que plusieurs haut-parleurs traînent dans l’appartement – du plus petit au plus grand. En outre, j’apprécie les bons films et les jeux sur mon home cinéma, je savoure un bon whisky (avec la musique de fond appropriée, bien sûr) et je fais des tours dans ma voiture décapotable de 20 ans à travers la Forêt-Noire.

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