
El Tony Mate Zero: entre tradition et phénomène culte
El Tony Mate dévoile enfin sa version sans sucre, très attendue par sa communauté fidèle. En quelques années, les boissons à base de maté se sont imposées comme des incontournables en Suisse. Des amphithéâtres universitaires aux salles de sport, en passant par les cocktails des bars branchés, le maté s’est taillé une place de choix. Ici, on le savoure surtout bien frais, pour son effet stimulant et sa saveur à la fois amère et sucrée. Mais à l’origine, c’est une boisson chaude, au profil nettement plus amer, que l’on partage traditionnellement en bonne compagnie.
L’or vert d’Amérique du Sud
Le maté provient de la yerba mate, un arbuste à feuillage persistant de la famille du houx. Elle pousse principalement dans les forêts subtropicales du bassin du Paraná, à la croisée des frontières de l’Argentine, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay. Il y a des millénaires, les peuples autochtones de cette région – notamment les Guaranis et les Tupis – en connaissaient déjà les vertus stimulantes. Ils sont à l’origine d’une tradition du maté toujours solidement ancrée dans les pratiques quotidiennes.
Plus tard, les colons espagnols adoptèrent à leur tour cette boisson, utilisant, comme les populations locales, la yerba mate à l’état sauvage. Au milieu du XVIIe siècle, les jésuites découvrirent le potentiel économique de la plante et parvinrent à en maîtriser la culture. Mais leur expulsion d’Amérique latine entraîna la disparition du savoir-faire: le secret de la culture du maté en plantation fut emporté avec eux. Dès lors, le procédé permettant de faire germer ces graines particulièrement dures demeura longtemps un mystère. Le maté fut à nouveau récolté principalement en milieu naturel, souvent au prix de conditions d’exploitation difficiles pour les populations indigènes. Elles seules savaient où la plante poussait, parfois à plusieurs kilomètres au cœur de la forêt, et comment en préparer l’amère infusion. Durant cette période trouble, marquée par de lourdes pertes humaines, le maté devint un bien rare et hautement convoité pour ses vertus reconnues.
Aujourd’hui, le maté est à nouveau cultivé en plantation afin de faciliter la récolte et répondre à la forte demande internationale. La marque suisse El Tony Mate s’approvisionne également à partir de ses propres exploitations en Argentine.
Le maté, un élément d'identité et de culture
Avant de pouvoir être dégustées, les feuilles caféinées de l’arbuste sont d’abord séchées, puis grossièrement broyées. Traditionnellement, on les dispose dans une calabaza (ou calebasse en français), un récipient fabriqué à partir d’une courge séchée et évidée, avant d’y verser de l’eau chaude. Aujourd’hui, on trouve aussi des calebasses en acier inoxydable ou en céramique. La dégustation du maté se fait à l’aide d’une paille en métal appelée bombilla.
Dans les pays du bassin du Paraná, le maté est profondément ancré dans la culture locale. En Argentine, par exemple, près de 80% de la population en consommerait au moins une fois par semaine. Érigé au rang de boisson nationale, le maté se partage traditionnellement en groupe, dans une même calebasse que l’on se passe de main en main. La consommation de maté chaud s’est également répandue en dehors de l’Amérique du Sud, notamment en Syrie et au Liban, où la préparation diffère quelque peu. Cette pratique y a été introduite par d’anciens émigrés arabes, de retour dans leur pays d’origine.
Le maté est aussi bien connu des stars du football sud-américain. Des joueurs comme Lionel Messi ou Luis Suárez sont souvent aperçus avant les matchs, calebasse à la main et thermos d’eau chaude sous le bras. À en croire certaines sources, la sélection argentine aurait transporté près de 500 kilos de maté lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar. Le sacre final de l’équipe – au terme d’une finale haletante conclue aux tirs au but face à la France – n’a fait qu’amplifier la réputation du maté comme source d’énergie.
Remède miracle ou danger sous-estimé?
Le maté a un effet stimulant et vivifiant. Sa saveur caractéristique, à la fois terreuse et amère, s’accompagne d’une teneur en caféine et en antioxydants. Contrairement au café, son action énergisante serait plus douce et plus durable. Au-delà de ses qualités tonifiantes, le maté est également réputé pour ses vertus médicinales: il aurait des effets bénéfiques contre les rhumatismes, l’artériosclérose et certaines infections. On lui attribue également des propriétés amincissantes. Toutefois, les spécialistes s’accordent davantage à parler de médecine populaire: ses bienfaits pour la santé ne sont pas scientifiquement établis, et une consommation excessive est déconseillée. Un surdosage peut en effet provoquer nervosité, céphalées, troubles digestifs ou du sommeil. La prudence est d’autant plus de mise en cas de pathologies préexistantes, telles que l’hypertension, les maladies cardiovasculaires ou l’hyperthyroïdie, ainsi que chez les enfants, les femmes enceintes ou allaitantes. Comme toutes les boissons consommées à une température trop élevée, le maté très chaud pourrait également accroître le risque de cancer de l’œsophage. Il est donc conseillé de ne pas le boire au-delà de 65 °C. Quant à ses vertus supposées, elles dépendent aussi des modes de consommation: tous les matés ne se valent pas. Les versions prêtes à boire, en particulier, contiennent souvent du sucre ou des édulcorants.
Des pampas argentines aux universités et boîtes de nuit suisses
La première boisson à base de maté à s’imposer en Europe (en allemand) fut le Club-Mate. Créée au début des années 1920 à Bad Köstritz, en Thuringe, elle était alors commercialisée sous le nom de «Sekt-Bronte». Dans les années 1990, elle séduit les milieux hackers de Hambourg et Berlin, où elle devient emblématique. Portée par ce cercle d’initiés, la boisson connaît ensuite une progression discrète mais régulière, sans appui publicitaire majeur, jusqu’à s’inviter dans les kiosques, les rayons de supermarché et sur les comptoirs des boîtes de nuit. L’engouement croissant attire rapidement d’autres fabricants, qui lancent à leur tour leurs versions à base de maté. C’est ainsi qu’est né El Tony Mate, produit par l’entreprise suisse intelligentfood, et commercialisé en 2015. Longtemps cantonnée au rang de «boisson tendance», le maté s’est progressivement imposé comme un «produit grand public», souvent présenté comme une «boisson énergisante naturelle». Dans le podcast Apropos, Tim Wirth, journaliste au Tages-Anzeiger, avance que l’un des facteurs clés de ce succès réside dans la transparence de sa composition, bien plus lisible, selon lui, que celle d’un Red Bull, aujourd’hui devancé dans les clubs suisses par les sodas à base de maté (en allemand). La réussite d’El Tony Mate repose aussi sur une stratégie marketing parfaitement maîtrisée.
Ses canettes bleu foncé, emblématiques, sont désormais omniprésentes, aux côtés de leurs variantes verte (menthe) et orange (gingembre). La gamme s’enrichit aujourd’hui d’une nouveauté: une version zéro calorie, proposée dans une canette argentée. Ce nouveau produit répond à une demande de longue date de la communauté (en allemand), en quête d’une alternative à faible teneur en calories. Et c’est ainsi que la plante sacrée des peuples autochtones s’est muée en talisman liquide pour les étudiant·e·s suisses, et en compagnon incontournable des nuits en discothèque.
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Marketing Manager Editorial Content
Le premier mot que j’ai prononcé était «ballon». Aujourd’hui encore, presque tout dans ma vie tourne autour du football. D’ailleurs, quand je ne me trouve pas moi-même sur le terrain, j’évoque les dernières infos concernant les championnats suisses et étrangers et je partage mes réflexions sur la Brack Super League. Mais ma passion pour l’écriture va au-delà de ça... Qu’il s’agisse de sport, de société ou de culture, j’écris, parce que selon moi, la langue est plus qu’un simple moyen d’arriver à ses fins. Elle est aussi un outil, un loisir et un refuge.
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